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DOSSIER — Pollution industrielle à Avallon : 10000 tonnes de pneus percolent vers un affluent du Cousin

Une décharge collinaire de 1,5 hectares, exploitée par les Pneus Laurent (aujourd’hui filiale de Michelin) entre 1977 et 1998 avec au total 10000 tonnes déchets déposés sur cette période, pollue en avril 2026 le ru de Cerce, un affluent du Cousin... (vallée en Natura 2000 et conventionnée « Havre de paix pour la loutre d’Europe »).

Si la menace n’est pas nouvelle, nos photographies du 19 avril 2026 montrent que, loin d’être terminée, la pollution ne fait peut-être que s’aggraver.

Au vu de la situation, alors que le bail devait être renouvelé le 1er mai pour une durée de 9 ans, la ville d’Avallon a finalement reconduit pour un an, le temps de permettre aux services de l’État de vérifier sur place l’ampleur de la pollution et de prendre les mesures qui s’imposent.

Dernières infos

  • Jeudi 30 avril 2026 : la ville d’Avallon nous a informé qu’au vu de la situation, le bail de la décharge ne sera renouvelé que pour un an, le temps de permettre aux services de l’État de vérifier sur place l’ampleur de la pollution et de prendre les mesures qui s’imposent ;
  • Mercredi 29 avril 2026 : nous sommes retournés sur le site, en allant voir plus en aval, où l’emprise cadastrale d’origine semblait s’étendre. Quelques photos de pneus au bord de la rivière ont été prises. Mais rien de plus important que ce qui a été observé initialement. L’écoulement de l’eau polluée de couleur rouille irisée se poursuit au même rythme depuis la décharge, malgré la sécheresse.
  • Dimanche 26 avril 2026, nous avons rencontré par hasard sur le site une équipe de l’OFB (la police de l’environnement) venue pour le constat. Merci à eux pour leur réactivité.
    • D’après leurs observations, l’écoulement continu d’une eau orangée en cette période de printemps très sec pourrait signifier la présence d’une source au sein de la décharge, qui percolerait à travers les pneus en décomposition. Si cette hypothèse se confirmait, elle obligerait à une mise à jour de la fiche infosol SSP000415201, qui avait conclu à l’absence de nappe d’eau souterraine.
    • Par ailleurs, l’endroit, étant difficile d’accès, il aura peut-être échappé aux services de la DREAL dont le suivi se limite peut-être à l’intérieur de la décharge de 1,5 hectares et non à ses abords immédiats. A suivre...

Localisation : le ru de Cerce, sous-affluent du Cousin, dans la commune d’Avallon

A gauche l’une des photos géolocalisées, à droite sa localisation sur la carte IGN
A Chassigny-le-Haut, prenez à droite avant le dernier croisement donnant sur la nationale. Puis continuez à pied dans les bois de Chassigny jusqu’à la croisée des chemins (altitude 271 mètres sur la carte). Avant le portail de la décharge, poursuivez à gauche (nord) sur le sentier qui mène au ru de Cerce puis suivez le ru vers le sud dans le sens du courant, toujours en compagnie des pneus qui glissent du talus sur votre droite, jusqu’au point « P », lieu où la photo a été prise.

Chiffres-clés : 10000 tonnes de pneu, officiellement « sous surveillance »

Les élément suivants proviennent de l’ANNEXE à l’arrêté PREF- SAPPIE-BE-2020-391, publiée page 46 dans le recueil RAA_89-2020-208 de la Préfecture de l’Yonne ainsi que de la fiche infosols SSP000415201 du 28/10/2020.

  • Surface : 1,5 hectares
  • 10 000 tonnes de matières usagées à base de caoutchouc entre 1977 à 1998, provenant de l’usine Les Pneus Laurent, à Avallon
  • 1988 : 1er incendie lié à des cendres non refroidies
  • Malgré la mise en place d’une couverture végétale sur la décharge, plusieurs reprises d’incendie jusqu’en 1997
  • Depuis site « sous surveillance » avec un suivi semestriel de la qualité des eaux superficielle du ru de CERCE... ?

D’après nos photos, les pneus sont enterrés le long de la rivière depuis plus de 6 mois, à l’extérieur de la décharge... Il y a donc de quoi s’interroger.

Vue 3D de la décharge végétalisée

Vue 3 D
A l’intérieur de ce périmètre végétalisé délimité en rouge (cf plan cadastral de l’Annexe à l’arrêté PREF- SAPPIE-BE-2020-391, publiée page 46 dans le recueil RAA_89-2020-208 de la Préfecture de l’Yonne) 10000 tonnes de déchets de l’usine des Pneus Laurent, filiale du groupe Michelin, ont été entreposés. Depuis cette décharge, un écoulement pollué percole au point P dans un sous-affluent du Cousin.

Notre vidéo du 21 avril 2026

Cette vidéo a été prise le long du ru de Cerce (sous-affluent du Cousin) au pied de la décharge où 10000 tonnes de déchets des "Pneus Laurent", une filiale du groupe Michelin à Chassigny (Commune d’Avallon), ont été déposés pendant son exploitation. On y voit à droite un « muret traditionnel » de pneus empilés, en guise de mur de soutènement, sous lequel un jus couleur rouille aux reflets irisés percole vers la rivière (après une dizaine de jours chauds et secs), en aval de laquelle vivent des loutres d’Europe, en zone Natura 2000. D’après la préfecture, le site est « sous surveillance »... ce qui pose de sérieuses questions sur le sérieux du suivi de la décharge.

Emprise cartographique des photos géoréférencées du 19 avril 2026

Limites cadastrales de la décharge

Limites cadastrale* de la décharge de pneus
*La limite cadastrale en rouge se réfère au plan de l’Annexe à l’arrêté PREF- SAPPIE-BE-2020-391, publiée page 46 dans le recueil RAA_89-2020-208 de la Préfecture de l’Yonne. A t-elle été réduite depuis ? Nous le saurons en recevant la copie des baux demandée à la Mairie d’Avallon.
Plan du cadastre de 2017 avec le numéro des parcelles concernées : l’écoulement dans le ru viendrait a priori de la parcelle 281
La parcelle 281, au bout de laquelle, a priori, nous avons constaté l’écoulement continu d’une eau polluée, appartiendrait à Pneu Laurent, d’après le point 4 (Propriété du site) de la fiche BASIAS BOU8900285. Le reste des parcelles occupées par la décharge faisant l’objet d’un bail passé avec la ville d’Avallon. Ce fond parcellaire est extrait de la fiche SSP000415201.

« Sur le GR du pneu » : photographies d’une randonnée atypique dans la vallée du Cousin

Portail de la décharge des pneus Laurent
Au bout du chemin qui traverse les bois de Chassigny. C’est sur cette route que les camions passaient pour décharger les pneus. On y trouve d’ailleurs déjà des morceaux de pneumatiques.
Vue sur le seul espace végétalisé non arboré du périmètre de la décharge
A gauche du portail, le grillage sensé délimiter la zone est arraché depuis longtemps. On y trouve une prairie parsemée de bouts de pneu.
Morceaux de pneus à jour dans la prairie
Au premier plan : pneu recouvert de lierre, ressortant du talus
Le chemin descend ensuite vers le Nord en direction du ru de Cerce. Sur la droite, le talus laisse ressortir des pneus entiers... sous la végétation.
Morceaux de pneu sortant glissant du talus de l’ancienne décharge
Près du ru de Cerce : nombreux pneus glissant de la pente
La décharge végétalisée régurgite ses pneus vers le ru de Cerce. Vu la pente... il n’ont pas de peine à descendre.
Pneu sur la rive gauche du ru de Cerce (côté Magny), libérant ses toxines dans l’eau
Non seulement les pneus sont sortis des limites de la décharge, mais encore il traversent le ru ! De vrais sauvageons, Ah Les pneus c’est plus ce que c’était.
Le GR du pneu se précise !
Déchets de pneus profitant d’une érosion de la forte pente pour glisser vers la rivière
Ici, vous pouvez faire une halte confortable sur un pneu, près du ru de Cerce
Du pneu à l’ail des ours, à moins que ce ne soit l’inverse, sur le sentier du ru de Cerce
Iris d’eau poussant dans les pneus, le long du ru de Cerce
Muret de soutènement traditionnel en pneu, le long du ru de Cerce : à inventorier au patrimoine vernaculaire ?
Écoulement permanent d’une eau polluée depuis la décharge vers le ru de Cerce
Printemps coloré au ru de Cerce : merci Michelin !
Monsieur le Préfet, le site est-il sous surveillance ? Vous êtes sûr ?
Baignant dans l’eau, un pneu et un reste de pneu à moitié brûlé
Au milieu des pneus, des sacs plastiques décomposés laissent ressortir des déchets de pneu calcinés... plein de cadmium ?
Un jus orangé s’écoule tranquillement dans le ru de Cerce, malgré la sécherresse
Où est le bassin de décantation évoqué dans les documents de la fiche infosols ? En tous les cas... il n’a pas l’air très efficace.
Ceci n’est pas une vielle souche, mais un amalgame de pneus calcinés
Sac de restes de pneus calcinés, s’échappant de la décharge pour glisser vers le ru de Cerce
Panneau « Défense d’entrer sous peine de poursuite judiciaires »... et pour ce qui est de la sortie ? Pas de soucis ?
Le grillage sensé délimiter la décharge est la plupart du temps complètement arraché par le temps. Ce panneau à peine lisible, nous amène à nous poser cette question : s’il est interdit d’entrer... les pneus peuvent-il sortir sans poursuite judiciaire ?

Démarches réalisées pour alerter l’administration, les autorités et informer la population

  • L’OFB a été prévenue le 20 avril 2026. Une équipe de la police de l’environnement est venue constater le 26 avril 2026.
  • Une alerte sentinelle de l’environnement a été publiée.
  • Une lettre ouverte a été envoyée avec accusé de réception à la Préfecture et la Mairie d’Avallon
  • 24 avril 2026 : publication du présent article

Documentation sur la décharge de pneus d’Avallon

Archives départementales de l’Yonne [1]

  • 1129 W 135 — Avallon : liquides dangereux Sté Pneu Laurent, 1980.
  • 1129 W 83 — Avallon : caoutchouc Sté pneu Laurent, 1977 ;
  • 1129 W 200 — Avallon : caoutchouc Sté pneu Laurent, 1986 ;
  • 1129 W 172 — Avallon : sous-produits de rechapage Sté Pneu Laurent, 1983 ;

Archives nationales

  • Avallon, extension, pollution des sols par la décharge de déchets de caoutchouc LAURENT ET MICHELIN, rapport DRIRE, étude d’impact, étude de danger, 1973-1991 [2]

Arrêtés préfectoraux

La fiche SIS : Secteurs d’Information sur les Sols (ex-BASOL)

Les informations les plus complètes que nous ayons pu trouver sur la décharge sont réunies sur la fiche SSP000415201, publiée sur le portail internet Géorisques du BRGM et mise à jour le 30/09/2020. Cette date en fait le document le plus actualisé sur le sujet.

Pour bien comprendre la démarche des Secteurs d’Information sur les Sols, voici deux extraits du Dossier expert sur la pollution des sols, SIS et anciens sites industriels :

En matière de sites et sols pollués, les démarches de gestion mises en place s’appuient sur les principes suivants : prévenir les pollutions futures, mettre en sécurité les sites nouvellement découverts, connaître, surveiller et maîtriser les impacts, traiter et réhabiliter en fonction de l’usage puis pérenniser cet usage, garder la mémoire, impliquer l’ensemble des acteurs.
(...)
Les SIS comprennent les terrains où la connaissance de la pollution des sols justifie, notamment en cas de changement d’usage, la réalisation d’études de sols et la mise en place de mesures de gestion de la pollution pour préserver la sécurité, la santé ou la salubrité publique et l’environnement. Ils sont mis à disposition du public après consultation des mairies et information des propriétaires.

A propos de la décharge de pneus d’Avallon, la Fiche infosol SSP0004152 donne notamment deux éléments qui interpellent :

Le contrôle des impacts de la décharge sur le milieu aquatique est assuré par un suivi semestriel de la qualité des eaux superficielle du ru de CERCE, prescrit par arrêté préfectoral en 2000.

Du fait des caractéristiques de la géologie locale qui ne permettent pas l’identification d’une nappe d’eaux souterraines au droit du site, les eaux souterraines ne font pas l’objet d’un suivi.

En effet... au vu de nos photographies, nous ne pouvons nous empêcher de nous poser les deux questions suivantes :

  • Comment se fait-il qu’avec un suivi semestriel personne n’ait pu constater le problème ?
  • L’écoulement pollué venant de la décharge est-il continu ? Si oui, cela n’impliquerait-il pas la présence d’une source, impliquant de ce fait le suivi des eaux souterraines ?

La fiche BASIAS (Inventaire des sites pollués)

Sur le site du Ministère du développement durable, la fiche BASIAS détaillée BOU8900285 nous apprend que la parcelle 281, en aval de laquelle l’écoulement pollué a été constaté, appartiendrait aux Pneus Laurent, aujourd’hui filiale de Michelin.

BASIAS est une base nationale recensant les sites industriels, abandonnés ou en activité, susceptibles d’engendrer une pollution de l’environnement.

Le rapport de présentation 2019 du SCOT du Grand Avallonnais

Sur le rapport de présentation du Schéma de cohérence territorial du Grand Avallonnais 2019, à la page 111, on trouve la mention suivante :

Ce site est sous surveillance, après réalisation d’un diagnostic. Toutefois, aucune réhabilitation n’a été engagée sur le site constitué d’une décharge de 1,5 ha. On estime qu’environ 10 000 tonnes de matières usagées à base de caoutchouc ont été entreposés jusqu’en 1998.

Rapport de présentation du SCOT du Pays Avallonnais 2019

Les pneus rejettent des centaines de molécules toxiques, dont le plomb, l’arsenic et le fameux cadmium !

Les images que nous avons découvertes par hasard ce 19 avril, sur un sentier peu praticable et peu emprunté, laissent planer un doute sur le sérieux du suivi de la décharge...

D’autant que l’on sait que les pneus rejettent des centaines de molécules toxiques susceptibles de provoquer des cancers, troubles neurologiques, maladies respiratoires et cardiovasculaires, comme l’explique cet article de Reporterre.

Les sols ayant autrefois supporté de grands dépôts de pneus se montrent durablement pollués. Dans l’eau qui s’écoule de la décharge d’Avallon, on pourrait notamment trouver de l’arsenic, du plomb et du cadmium.

La présence de cadmium est d’autant plus importante si les pneus ont brûlé [3], ce qui est le cas à Avallon, avec presque 10 ans d’incendie incontrôlable de la décharge.

L’association Agir pour l’environnement a fait un dossier complet sur le sujet :Composition des pneus, un cocktail toxique.

Des analyses supplémentaires à prévoir ?

Côté analyses de la pollution, la fiche SSP000415201 mise à jour le 28/10/2020indique ceci :

Les eaux drainées sur le site sont collectées et traitées avant rejet au ru de CERCE par un décanteur séparateur d’hydrocarbures.
Les dernières analyses réalisées, qui portaient sur le PH, les matières en suspension(MES) et les hydrocarbures, d’échantillons d’eaux prélevées à l’amont et à l’aval hydraulique de la décharge dans le ru de CERCE n’ont pas mis en évidence de pollution du milieu naturel.

Afin de suivre l’évolution du site, des mesures ont été imposées à l’exploitant par arrêté préfectoral complémentaire en date du 3 février 2000. Il a été prescrit :
 un suivi thermographique du site,
 une étude hydrogéologique permettant de définir l’implantation d’éventuels piézomètres nécessaires au suivi de la qualité des eaux souterraines,
 un suivi qualitatif des eaux de surface et souterraines,
 un suivi qualitatif des sédiments accumulés en pied de décharge.

Les études montrent que la géologie locale (granit du socle du Morvan) entraine l’absence de nappe souterraine identifiable, la surveillance des eaux souterraines a été levée.
Les campagnes de suivi des eaux superficielles et des sédiments se poursuivent.

S’il n’y a pas de nappe d’eau souterraine, comment expliquer l’écoulement permanent d’un jus orangé depuis la décharge ? C’est ce que nous cherchons à savoir...

De même, nous n’avons pas trouvé de décanteur séparateur d’hydrocarbures : peut-être sous les ronces ?

Toujours est-il qu’au vu de nos images, le suivi du site mérite de sérieuses mesures de renforcement.

Notre lettre ouverte au Préfet de l’Yonne et à Madame le Maire d’Avallon

Lettre ouverte à la Préfecture de l’Yonne et la Mairie d’Avallon

Un pneu de dérision...

  • Sauve qui pneu
  • Quand on veut, on pneu
  • Au ru du Cerce, on pêche à la rustine
  • Qui pneu le plus, pneu le moins
  • Ne vous dérangez pas pour six « pneus »
  • Sous les pavés... des pneus !
  • Un pneu ça va trois pneus, bonjour les dégâts
  • À bon pneu bon pollueur

Documents joints

Planche carto et photo
Fiche SIS 89SIS06413 (secteur d’information des sols), ANNEXE à l’arrêté PREF-SAPPIE-BE-2020-391, publiée page 46
Recueil RAA_89-2020-208 de la Préfecture de l’Yonne. Identifiant BASOL à la DREAL : 89.0002

[3Ogbonna P.C., Nwokolo S.N. et da Silva J.A.T. (2011), Heavy metal pollution in soil and plants at bone char site [archive] [PDF], Toxicological & Environmental Chemistry, 93 (10), 1925-1933, 11 p.

Par Les Cousin•es de la vallée

Publié le vendredi 24 avril 2026

Mis à jour le jeudi 7 mai 2026

#dechets #eau #ecologie #natura2000 #pollution #riviere